Persécutés, les Mapuche luttent contre l’oubli

Publié le par Nicolas


Chili . Dépouillées de leur terre et laissées-pour-compte de la société, les communautés indiennes sont victimes des lois liberticides héritées de la dictature.

Après cent dix jours de grève de la faim, Patricia Troncoso a mis fin, lundi, à son calvaire commencé le 10 octobre 2007. Incarcérée depuis 2002 dans la prison de haute sécurité de Santiago de Chili pour « menaces et incendies terroristes », cette figure de la communauté indienne Mapuche, ainsi que plusieurs autres prisonniers politiques, avaient opté pour cette mort lente. Une forme ultime de protestation contre la répression dont fait l’objet la communauté Mapuche au Chili via les lois héritées de la dictature d’Augusto Pinochet criminalisant les actions sociales au prétexte d’atteinte à la sécurité de l’État. Président de la Conférence épiscopale et médiateur dans la crise opposant les Mapuche à l’exécutif socialiste, Alejandro Goic a estimé que le geste de Patricia Tronscoso, qui va être transférée dans un centre de détention et de travail, n’a pas été « vain ». Selon l’évêque, « le thème Mapuche s’est installé dans la société chilienne », espérant ainsi qu’il débouche sur « une solution profonde à la situation » des indigènes qui « nécessite respect et dialogue ».

Un quart des Indiens mapuche (au nombre de 1,5 million sur une population totale de 15 millions d’habitants) vit dans une totale indigence. Ces oubliés de la fameuse croissance économique chilienne ont été dépouillés de leurs terres ancestrales au profit de l’implantation des firmes étrangères exploitant les réserves forestières et hydrauliques. Les différents gouvernements de la Concertation n’ont jamais reconnu constitutionnellement les droits des peuples indigènes ni ratifié la convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) et la déclaration des Nations unies relatives à leur statut. Face aux pressions nationales et continentales, la présidente socialiste - Michelle Bachelet a désigné, lundi, un « commissaire présidentiel » chargé de mettre en place une « table de dialogue » avec les peuples indigènes.

Le 3 janvier dernier, Matias Catrileo Quezada, étudiant en agronomie, a été tué par les forces de police lors d’une occupation de terres. « Nous espérons que (sa) mort […] sera la dernière, a écrit le prix Nobel de la paix Adolfo Perez Esquivel à la présidente chilienne. Et qu’une fois pour toutes, on procède à la démilitarisation des territoires mapuche », aujourd’hui offerts sur un plateau d’argent aux compagnies étrangères.

Cathy Ceïbe

Source : L'Humanité - 30 janvier 2008 - http://www.humanite.fr:80/2008-01-30_International_Persecutes-les-Mapuche-luttent-contre-l-oubli

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