COMMUNIQUÉ DE VICTOR ANCALAF, FACE À LA DÉTENTION DE MIGUEL TAPIA HUENULEF

Publié le par Nicolas

Collipulli, 19 février 2009

 

 

Moi, Victor Ancalaf Llaupe, dirigeant mapuche et ex-prisonnier politique, déclare aux Communautés et Organisations Mapuche ainsi qu’à l’opinion publique nationale et internationale ce qui suit :

 

Le mercredi 11 février, el Peñi Miguel Angel Tapia Huenulef, sympathisant de la lutte mapuche, a été arrêté à Santiago, dans la commune de Lo Prado, au cours d’une perquisition menée dans sa maison par la police chilienne et dans laquelle ont été supposément trouvées des armes de guerre dont un fusil, des grenades et quelques plantes de marihuana.

 

Cette opération s’est déroulée dans le cadre d’une enquête menée par les services de police sur ce qu’on appelle “Conflit Mapuche”. Je suis, à ce sujet, profondément frappé par l’absence totale de volonté politique de la part du gouvernement et de l’Etat en particulier de donner une solution aux demandes des Peuples Originaires de manière concrète et globale et je suis choqué de la façon dont on a déformé l’origine de nos revendications en nous plaçant sur un terrain inconnu pour nous qui est celui du terrorisme. Tous les Chiliens savent que notre mouvement est politique, social et économique et a un rapport direct avec la dette historique que l’Etat chilien a avec notre Peuple Mapuche.

 

Le mouvement Mapuche au Chili n’est pas un mouvement armé et les qualificatifs de violence et de terrorisme que nous attribuent le gouvernement et l’Etat chilien ne sont inventés que pour discréditer notre lutte. Celle-ci consiste à récupérer notre territoire usurpé et  nos droits collectifs en tant que peuple.

 

Pendant des années, nous avons, nous les Mapuche, développé notre lutte avec beaucoup d’efforts et de sacrifices au cours de laquelle nous avons dû, en tant que peuple originaire, affronter un système injuste, discriminatoire et inhumain du point de vue culturel. Nous en avons supporté les conséquences en connaissant la prison, les procès frauduleux, l’application de lois répressives “antiterroristes”, le dépouillement de notre territoire et parfois la mort de nos frères. Nous, les Peuples Originaires, nous n’avons jamais été responsables de centaines ou de milliers de cas de détenus disparus dans ce pays. Nous n’avons pas été non plus responsables de graves violations de droits de l’homme ni de destruction de l’environnement, de contamination des eaux tant au nord qu’au sud de nos territoires, nous n’avons pas été responsables de la pauvreté et du chômage dans les grandes villes. L’Etat chilien et ses lois qui prétendent défendre ce système capitaliste en sont les seuls responsables. Nous avons été seulement responsables de susciter des mobilisations sociales pour revendiquer nos droits collectifs en tant que Nation et pour récupérer notre identité culturelle pour nos jeunes.

 

Je remarque que dans la période de la dictature militaire, face aux graves violations des droits de l’homme causées par les forces armées chiliennes, la justice n’a pas scrupuleusement enquêté à propos des actes de barbarie et de cruauté commis par les institutions de l’Etat, comme ce fut le cas de la DINA (police politique), la CNI, ou les associations illicites comme la Colonia Dignidad et la Villa Grimaldi qui furent des centres de torture et d’extermination. Enfin, si ici au Chili personne n’est au-dessus de la justice chilienne, pourquoi alors l’un des procureurs militaires chiliens de la ville de Lautaro, M. Podlech, se trouve-t-il aujourd’hui en prison en attente du procès que lui fait la justice italienne alors qu’il n’a jamais été considéré comme criminel au Chili.

 

Je pense que les magistrats et procureurs doivent beaucoup réfléchir pour agir de façon professionnelle et transparente en respectant une procédure équitable et la présomption d’innocence, et non pas la procedure que nous avons subie, pour ceux d’entre nous qui ont été jugés et condamnés par la Loi 18.314 qui sanctionne les conduites terroristes, car il est évident qu’au Chili le terrorisme n’existe pas, mais c’est une invention destinée à criminaliser nos revendications sociales.

 

Nous sommes à présent devant un nouveau montage qui ne fait que démontrer les tentatives incessantes de ce système pour criminaliser notre lutte en nous qualifiant, sans preuves concrètes et sérieuses, d’asociaux et de terroristes, et qui rend manifeste le refus pour l’Etat chilien et son gouvernement actuel de trouver d’autres réponses que les tirs de balle et la prison politique pour freiner le mouvement mapuche et ceux qui se solidarisent avec notre cause.

 

Je fais un appel aux Communautés et Organisations Mapuche à unir nos forces et à mettre de côté nos différences pour nous prononcer face à ces sujets si importants pour notre peuple et pour notre mouvement car je pense que nous avons besoin de tous et de chacun d’entre nous pour le bien de nos futures générations.

 

Victor Ancalaf Llaupe

 

Ex-prisonnier politique et dirigeant mapuche

 

Collipulli, IXe Région de l’Araucania, Gulumapu, Chili

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